Historique de l'école

 

 

École Joseph-François PerraultL'année 1960 marque un tournant dans l'histoire de l'éducation du Québec: c'est l'époque de la Révolution tranquille. L'enseignement public et privé, qui a jusqu'alors été sous la responsabilité du clergé, devient la responsabilité de l'État. Au cours de cette année, plusieurs écoles seront ouvertes, dont l'école Joseph-François-Perrault.

L'école Joseph-François-Perrault est ouverte depuis l'année 1961. Le 31 octobre 1961, l'école polyvalente ouvre ses portes à près de 500 élèves. L'inauguration de l'école Joseph-François-Perrault a lieu au moment même où la réforme du système scolaire est entreprise par un nouveau gouvernement. Le 31 octobre 1961, cette institution est l'une des premières écoles polyvalentes de Québec. À ce moment, bien que le clergé ne soit plus en charge de l'éducation, l'école demeure confessionnelle. Lors de l'ouverture, la Commission des écoles catholiques de Québec voit à la direction, à l'administration et au bon fonctionnement de cette institution publique.

La grande particularité de cette institution est la gratuité. C'est en l'honneur de Joseph-François-Perrault, l'un des précurseurs de l'éducation gratuite, que l'école est nommée ainsi. À cette époque, l'éducation est un domaine en constante évolution, elle exige l'adaptation à des réalités nouvelles et l'école secondaire publique Joseph-François-Perrault est l'exemple concret de cette évolution du système scolaire public.

Histoire de Joseph-François Perrault

 

Haut de pageSon enfance

Le jeune JFP naquit le 2 juin 1753, à Québec. Fils de Louis Perrault et de Josephte Baby, on lui attribua le surnom de Joson. Il était issu d'une famille de marchands de fourrures, son père et son grand-père en faisaient le commerce. En 1762, sa mère mourut et il resta avec ses huit frères et sœurs, dont l'aîné, Jacques, qui n'avait que 10 ans. Il est important de mentionner, que son père s'était enfui avec quelques oncles sous le Régime Français, en 1759.  À son retour, son père alla en France pour s'occuper de fourrures et confia ses enfants à Jacques et à sa belle-sœur, Charlotte Boucher de Boucherville. Les enfants furent mis en pension chez les Ursulines et au Séminaire de Québec. JFP commença ses études au séminaire le 11 octobre 1765. Il y passa six ans (jusqu'en 1771) et il ne fit pas sa dernière année d'études à cause de son père qui s'était établi en Louisiane (É.-U.) et qui rappelait ses enfants auprès de lui. JFP partit de Québec en 1772 avec deux de ses frères et trois de ses sœurs. Ils arrivèrent à la Nouvelle-Orléans six mois plus tard.

 

Haut de pageSa vie aux États-Unis

JFP travailla pour un marchand de France établi à la Nouvelle-Orléans. Il dirigea les affaires en l'absence de son père, parti au Missouri. Il apprit l'espagnol et il fut le secrétaire français du gouverneur de la partie espagnole de la Louisiane. Il partit en 1779 en Virginie pour récupérer l'argent que l'officier Georges Rogers devait à son père. Son bateau fut attaqué le 4 octobre par des Amérindiens au service de l'Angleterre. JFP fut fait prisonnier et emmené à Detroit. Ils arrivèrent en novembre. Le trajet fut horrible. Il ne dut la vie qu'à sa forme physique et à sa chance. Il fut accueilli à Detroit par son oncle Baby. Fidèle à son tempérament, il sut s'occuper: faire la classe à ses cousins et cousines, étudier la comptabilité dans les livres de bibliothèque de son oncle, etc. Il quitta Detroit en mai 1780 et atteignit Montréal au début de l'été. En juillet, il se rendit à Québec où il passa quelques semaines. Il repartit le 30 août, s'arrêta à Montréal et parvint à Detroit à l'automne. Comme il y avait trop de dangers sur la route vers St-Louis, il retourna chez son oncle Baby à Detroit et reprit sa fonction de précepteur pour l'hiver.

 

Haut de pageQuébec, ses travaux et sa vie politique

Joseph-François PerraultEn 1781, Baby en fit son agent à Montréal et lui prêta 750 livres pour qu'il puisse faire des affaires à son propre compte. Après une idylle avec une demoiselle Gamelin et un projet de mariage avec Marie-Appolline Bailly de Messein, JFP se maria à Montréal, le 7 janvier 1783, avec sa cousine Ursule Macarty. Elle avait, lors du mariage, seulement 16 ans et lui, 29. Ils eurent 12 enfants. Quatre mois plus tard, il sut qu'il avait perdu son père. Il se rendit en Virginie, en 1784, pour récupérer l'argent prêté à M. Rivers, en vain. De retour à Montréal, JFP s'occupa de son commerce, mais, à cause de la concurrence, il dut abandonner en 1787. Il enseigna alors la tenue des livres, traduisit des ouvrages de droit, prépara des factums pour des particuliers et s'occupa de théâtre avec Louis Dulongpré et Pierre Amable De Bonne. En 1790, il entra au bureau de l'avocat Pierre Mézières pour son apprentissage, tout en continuant ses nombreuses activités. De temps à autres, il écrivait à Québec pour solliciter un emploi auprès du Gouverneur. Mézières mourut. JFP présenta, en 1794, une pétition à la Chambre d'assemblée pour qu'elle lui permette de pratiquer le droit. Un projet de loi fut déposé, mais le résultat s'avéra négatif. Pourtant, en 1795, grâce à De Bonne, ami et juge, il fut nommé greffier de la paix et protonotaire à la cour du banc du roi, à Québec. À Québec, il se fit remarquer par son zèle et sa capacité à travailler. Il cumula vite les charges de greffier de la paix, de protonotaire à la cour du banc du roi et de gardien des archives d'état civil du district de Québec. En juillet 1796, il fut élu député de Huntingdon. Sa femme mourut à l'âge de 33 ans, le 23 avril 1800, soit 44 ans avant lui. Réélu député, JFP participa de façon active à la vie parlementaire. En 1801, il déposa un projet de loi sur l'éducation pour faire opposition à celui visant la création de l'institution royale pour l'avancement des sciences, dont discutait la chambre. Son projet fut rejeté. Il travailla dans sept comités en 1801, dont l'un préparait des plans de maisons de correction pour les différents districts. Il collabora à un second projet sur la même question l'année suivante. Il ne fut pas réélu en 1804 comme député de Huntingdon. Le gouvernement n'ayant pas donné suite aux vœux des comités sur les maisons de correction, JFP reprit la question en proposant une maison de réforme qui serait doublée d'une exploitation agricole afin de donner un moyen de subsistance aux délinquants. En 1808, il se présenta à nouveau aux élections dans Huntingdon, sans succès. Il eut alors à faire face à l'opposition du Canadien (un journal), qui le qualifiait de "dangereux individu pour le gouvernement et les Canadiens" et de "suppôt" du juge De Bonne. Il alla défiler dans les rues de Québec pour se battre contre les hommes de Jean-Antoine Panet, nouveau député de Huntigdon. Il connut encore la défaite aux élections de 1810, cette fois dans la circonscription de Québec.

 

Haut de pagePerrault et ses écoles

D'autre part, en 1816, l'assemblée annuelle des souscripteurs pour le soutien des écoles gratuites (mouvement créé à Londres et à Québec en 1814), élisait JFP au comité de direction. Il refusa, mais promit d'aider le comité de sa bourse et de sa personne. En 1808, il devint membre de la Société littéraire de Québec, en compagnie de son fils aîné, Joseph-Francois-Xavier. Il s'était aussi associé à la franc-maçonnerie sans qu'on puisse préciser à quel moment. Tous les efforts qu'il avait déployés dans le domaine scolaire depuis 1801 allaient porter fruit. Ainsi, en 1821, un groupe de citoyens, sous sa direction, fondèrent la Société d'éducation du district de Québec. Il en fut président. Cette société avait été établie afin d'assurer l'instruction gratuite des enfants pauvres de la ville (près de 1000). Lord Dalhousie, Mgr Joseph-Octave Plessis, le clergé et de nombreux notables de Québec lui accordèrent leur appui. L'école ouvrit enfin, avec 90 enfants, et elle allait en compter 415 en 1833. En 1823, JFP créait une autre société pour les enfants pauvres, la Société de l'école britannique et canadienne du district de Québec, où aucun enseignement religieux n'était prévu, sauf la lecture de la Bible le samedi. De 1823 à 1837, l'école reçut 2360 enfants et prépara 46 maîtres. Dès 1829, JFP construisit une école pour les garçons du faubourg St-Louis. Bénie le 29 avril 1830, elle accueillit 229 enfants, dont 169 Canadiens et 60 Irlandais. Il bâtit ensuite une école pour filles, non loin de celle des garçons. JFP voulait donner une instruction pratique aux enfants de ses écoles. Pour les garçons, il offrait une formation agricole; pour les filles, tissage, filage et tricotage. En 1832, il fonda près de la rivière St-Charles, une école d'agriculture et en confia la direction à Amury Girod. Il voulut y joindre une école normale, mais dut fermer l'établissement après un an, à cause du coût. Au même moment, il entreprit de rédiger un projet d'organisation scolaire pour le Bas-Canada, qu'il publia dans la Gazette de Québec du 3 octobre 1833. Ce projet souleva tous les bien-pensants contre lui, Mgr Lartigue le premier parce qu'il prêchait l'école gratuite et obligatoire pour tous. En avril 1836, un projet de loi visait à mettre sur pied des écoles normales à Québec et à Montréal. En 1837, il ferma ses deux écoles du faubourg St-Louis. Il n'avait plus les moyens de les soutenir et la Chambre d’assemblée cessa de lui verser des subsides.

 

Haut de pageConclusion

JFP demeura énigmatique. Les épreuves ne l'avaient pas épargné, mais il fut un père et un grand-père exemplaire, un citoyen sur qui on pouvait compter et, ne sachant rien refuser, un homme qui donnait son argent et rendait service. Gentil et affectueux, JFP acquit une façon de vivre originale. Levé à quatre ou cinq heures le matin, il écrivait durant trois ou quatre heures et partait pour le palais de justice où sa ponctualité était reconnue. Il semblerait qu'il ait réservé au palais ses sautes d'humeur et, parfois même, une certaine violence dans ses propos, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir à d'autres moments, des réparties pleines de finesse et d'humour. Rentré chez lui pour le repas du midi, il consacrait ses après-midi à ses affaires personnelles : visiter ses écoles, rédiger ses textes, recevoir ses amis. Il se mettait invariablement au lit à vingt et une heures. À l'automne de 1806, il contribua, avec De Bonne et Jacques Labrie, à la création du Courrier de Québec, bihebdomadaire vivement opposé au Parti canadien et à son journal, Le Canadien. JFP collabora au Courrier de Québec jusqu'à ce qu'il cesse de paraître, en décembre 1808. Lorsque le Vrai Canadien, ce journal très pro gouvernemental (qui ne dura qu'un an) fut fondé à Québec en 1810, JFP y prit part. En 1832, il proposa même des réformes dans une brochure, sous le titre de Moyens de conserver nos institutions, notre langue et nos lois. Surnommé Grand-père Perrault en 1820 (il avait alors 67 ans), il était l'un des grands notables de Québec. Catholique pratiquant, il n'omettait aucun de ses devoirs de chrétien et veillait à ce que son entourage en fasse autant. Cependant, il était en même temps partisan déclaré de la neutralité religieuse. Reconnu comme le père de l'éducation du peuple canadien, titre que Le Journal de Québec lui accordait dans sa notice nécrologique, il a été, de plus, rattaché aux origines de l'enseignement laïc par un de ses biographes, Jean-Jacques Jolois. Ce dernier affirma que JFP avait été un étranger à son temps. Mais, même si les gens de l'époque ne l'avaient pas compris ou accepté, il fut l'un de ceux qui avaient le plus fortement participé à la vie publique, politique, sociale et éducative du Bas-Canada. Il connut une activité extraordinaire jusqu'à la veille de sa mort, survenue dans son sommeil, le 5 avril 1844, il avait 91 ans.