
Une émission de radio "Les Souverains d'Orsainville" est également réalisée une fois par mois par la station radiophonique CKRL-FM (89,1) avec des détenus et ce, en collaboration avec Mme Lucie Blais, responsable du développement de la personne incarcérée, et le personnel du Centre Conrad-Barbeau. Cette émission est diffusée le vendredi à 19 heures dans la région de Québec.


Un projet éducatif réaliste et bien défini permet une meilleure capacité d'adaptation, rend le milieu scolaire plus proche du vécu des élèves et favorise leur réussite.
Un projet éducatif, c'est avant tout une recherche de qualité et d'efficacité.
En 1987, les Services correctionnels québécois rendaient public un énoncé de politique définissant la mission, les valeurs et les orientations à envisager au cours de la prochaine décennie1. Se basant sur de nombreuses études2 et sur les résultats de sa propre expérience, les Services correctionnels Québécois en étaient venus à la conclusion que la prison n'était plus l'instrument de réhabilitation parfait, mais qu'il fallait tenir un langage et soutenir une action s'appuyant entre autres sur le principe de la réinsertion sociale.3 Ainsi les S.C.Q. passaient d'une approche punitive à une approche utilitaire, ceci dans le but de protéger la société en influant sur le comportement de ses membres afin de réduire la criminalité.4
Ce principe de réinsertion sociale s'actualise à travers les programmes occupationnels. Ceux-ci se définissent comme étant "...l'ensemble des activités permettant à la personne incarcérée de faire certains apprentissages, d'acquérir des habitudes de vie, d'assumer des responsabilités et de développer différentes valeurs"5. En mettant sur pied ces programmes, les S.C.Q. désiraient faire en sorte que la personne incarcérée vive sa période de détention selon un modèle se rapprochant le plus possible de la société, ceci dans le but ultime de la responsabiliser.6
Cette même année, en 1987,
un protocole d'entente était signé entre le ministère
de la Sécurité publique et le ministère
de l'Éducation afin de structurer la formation en prison. Ce
protocole définissait le cadre légal, les types d'intervenants,
la population, les caractéristiques de cette population et le partage
des responsabilités entre les deux ministères.7

Les services d'entrée en formation: les services d'entrée en formation sont le prolongement des services d'accueil et de référence. De son admission à sa sortie du Centre, ils permettent à l'élève d'établir son profil de formation, de préciser son plan d'insertion sociale et professionnelle, d'être initié aux pratiques de l'éducation aux adultes et enfin d'évaluer sa motivation par rapport aux réalités scolaires. En ce sens, ces services sont, avec la procédure d'accueil du Centre de détention, le cadre de référence de notre intervention structurante.
Les services de formation générale: les services de formation générale regroupent quatre aspects: l'alphabétisation, le présecondaire, le premier et le deuxième cycle du secondaire.
D'abord, les activités d'alphabétisation permettent à l'adulte d'améliorer ses capacités fonctionnelles en production et en compréhension de la langue maternelle ainsi qu'en calcul.
Ensuite, les activités d'enseignement au présecondaire amènent l'adulte à augmenter ses compétences dans les domaines précités. Par ailleurs, il peut développer des habiletés en langue seconde et choisir des matières à option qui l'amèneront vers l'enseignement secondaire ou vers d'autres activités.
Enfin, les activités des premier et deuxième cycles du secondaire ont pour but d'amener l'adulte à parfaire ses compétences en production et en compréhension des deux langues, en mathématiques et dans tout autre champ d'études secondaires ou du diplôme d'études professionnelles.
Les services de préparation aux études post-secondaires: les services de prépa-ration aux études post-secondaires ont pour but d'amener l'adulte à acquérir les préalables nécessaires à son admissibilité aux études collégiales et universitaires.
Les services d'intégration socio-professionnelle
: les services d'intégration socio-professionnelle (SIS) ont pour
objet de permettre à l'élève d'acquérir les
compétences nécessaires afin de faciliter son accès
au marché du travail. De façon parallèle, ces services
peuvent également amener l'élève à poursuivre
ses études.
.
Une telle définition montre le caractère hautement social et même politique de sa démarche. Il est le résultat d'un processus qui implique tous les intervenants de l'institution en cause. Il est aussi le lieu où se concrétise la participation du milieu à l'institution. Il est, en somme, une réponse aux besoins et aux aspirations de ceux qui, de près ou de loin, sont intéressés à l'école.
Toutefois, dans le cas qui nous occupe, une contrainte majeure s'applique dans la définition de notre projet éducatif: celui du milieu social. Ici le milieu social où doit obligatoirement agir l'institution sera remplacé par un milieu socialisant, défini de façon précise et possédant une organisation propre. Ainsi, le Centre de détention de Québec deviendra le milieu social dans lequel viendra s'insérer l'institution qu'est le Centre d'éducation des adultes Conrad-Barbeau (CEACB). Par conséquent, la définition opérationnelle de notre projet éducatif sera :
« Le projet éducatif est
une démarche par laquelle notre centre de formation précise
ses objectifs propres, se donne un plan d'action, le réalise et
le révise périodiquement avec les membres du personnel de
la Commission scolaire de la Capitale (Charlesbourg anciennement) et du
Centre de détention de Québec et avec les élèves
».
De plus, elle présente de sérieuses difficultés d'adaptation scolaire. En effet, près de 70 % de la clientèle aurait décroché et de ce pourcentage, 41 % l'aurait fait avant 16 ans.10
Par ailleurs, il est important de souligner
que parmi les valeurs importantes retenues par notre clientèle,
le désir d'être intégré socialement et de pouvoir
s'organiser matériellement revêtent une importance capitale.11
.


Ainsi la formation scolaire devient
le véhicule privilégié d'une approche holistique de
la personne incarcérée. Chaque action, qu'elle soit pédagogique
ou non, devra toujours chercher à s'appuyer sur une intention de
responsabiliser la personne incarcérée.
.
Bien entendu, le choix de ces valeurs a fait l'objet de consultation et des discussions où les principaux acteurs du Centre ont pu s'exprimer. Il s'en est dégagé un consensus qui rend bien compte de la situation particulière du CEACB et des besoins spécifiques de ses élèves.
Cependant, afin d'éviter une possible désillusion, nous tenons compte du fait que nous effectuons une intervention de courte durée auprès de la personne incarcérée ce qui représente une sérieuse limite à notre efficacité; c'est pourquoi, il nous semble réaliste pour le moment, de limiter le nombre de nos objectifs. Notre encadrement sera réussi dans la mesure où les élèves poursuivront leur formation à l'extérieur du Centre de détention.
Ce premier objectif, à la fois fondamental et général, est alimenté par trois objectifs spécifiques, qui sont autant de moyens que nous nous donnons pour favoriser la responsabilisation de notre clientèle. Ces trois objectifs sont: premièrement, le respect de soi et des autres; deuxièmement, la confiance en soi et troisièmement le goût d'apprendre.
En tenant compte de tous ces éléments,
nous avons identifié un objectif général et trois
objectifs spécifiques qui pourraient devenir l'essentiel de notre
projet éducatif. Nous avons retenu différents moyens qui
permettraient d'améliorer la qualité de nos inter-ventions
en classe. Notre projet éducatif se veut globalisant, c'est-à-dire
que nous cherchons à couvrir l'ensemble des aspects de la vie de
l'école et de la vie des adultes (de l'entrée en formation
jusqu'à la réinsertion sociale).
.

MOYENS :
- Propreté- Tenue vestimentaire appropriée
- Langage respectueux
- Assiduité et ponctualité
- Règles de comportement en classe
- Discipline
MOYENS :
- Acquisition d'une vision à long terme- Capacité d'enseigner aux autres
- Implication dans des activités
- Valorisation des efforts et des succès
- Dédramatisation des échecs et des erreurs
MOYENS :
- Auto-évaluation- Prise de notes personnelles
- Initiation aux ordinateurs
- Partage des découvertes et connaissances
- Respect du rythme d'apprentissage de chacun
- Respect des capacités de chacun

Ce projet éducatif sera complété et enrichi au fil des ans. Pour le moment, nous souhaitons qu'il puisse guider notre action quotidienne auprès de nos élèves.
2 Québec, Ministère de la Sécurité publique,, Rapports et documentations, 1991.
3 Québec, Ministère de la Sécurité publique, op.cit. 1987, p.13
4 Idem, p.10
5 Québec, S.C.Q. Politiques en matière de programmes occupationnels, avril 1984, p.2
6 Québec, Ministère du Solliciteur général, Politiques sur les programmes d'activités pour les personnes incarcérées, avril 1988, p.35
7 Québec, Ministère de l'Éducation, Rapport du colloque sur la formation générale dans les centres de détention du Québec, p.27
8 Québec, Ministère de l'Éducation, Direction générale des réseaux, Le projet éducatif de l'école, 1980, p.13
9 Québec, Direction générale des services correctionnels, Portrait de la clientèle correctionnelle du Québec, 1994, p.83
10 Idem, p.32
11 Idem, p.77
.